orti de galères, Christophe Tiozzo a entamé une nouvelle
vie, consacrée à la création d’académies de boxe dans les quartiers
dits sensibles. En visite la semaine dernière à Dijon, il nous dit tout
sur sa carrière, la boxe en France, ses joies, ses déceptions.
GazetteINFO.fr : Christophe Tiozzo, tout d’abord, où en êtes-vous actuellement ?
Christophe TIOZZO : La vie m’a emmené à Lyon. Je travaille beaucoup.
Mes académies de boxe me prennent beaucoup de temps, que ce soit pour
la gestion ou la prise de contacts pour de futures ouvertures.
Êtes-vous fier de votre parcours de boxeur professionnel ? Nourrissez-vous des regrets ?
Je suis fier mais j’aurais pu faire beaucoup mieux si j’avais été
plus sérieux. Mais je ne regrette rien. J’ai mené la vie que je voulais.
Vous manquiez de sérieux ? C’est-à-dire ?
Je ne m’entraînais pas… A la fin de ma carrière, je ne faisais plus
les sacrifices nécessaires. J’étais un fêtard (rires). Maintenant
beaucoup moins, mais avant j’aimais beaucoup faire la fête et cela
nuisait à mes entraînements. Mais malgré tout, je suis quand même
parvenu à devenir champion du monde.
« J’avais une volonté en plastique ! »
Après votre titre de champion du monde, vous avez dû recevoir de nombreuses sollicitations ? Vous n’avez jamais pris le melon ?
C’est vrai que c’était dangereux car j’étais quelqu’un qui aimais
sortir. J’avais une volonté en plastique ! (rires) Je répondais
facilement aux sollicitations et après, il fallait toujours que je
fasse des gros sacrifices pour revenir. Par contre, je n’ai jamais pris
la grosse tête. Pourtant, j’étais mal entouré !
Aviez-vous des modèles ?
Il y a eu des champions que j’aimais beaucoup mais je n’avais pas de modèle.
Et aujourd’hui ? On imagine que vous n’en avez pas davantage ?
En ce moment ? Des boxeurs, il n’y en a plus ! Alors… (rires) Si les
anciens reviennent, ce n’est pas pour rien. Les jeunes ne veulent plus
souffrir comme nous avons souffert. Avant, on s’entraînait plus
durement. Là, ils ne veulent plus prendre de coups à l’entraînement. Si
j’avais le temps de n’entraîner qu’à un seul endroit, je suis sûr que
je pourrais sortir de grands boxeurs en raison de la dureté de mes
séances. Dans mes académies, j’ai mis des directives d’entraînement. La
boxe c’est dur et je veux que l’entraînement soit dur.
Vous avez gagné 75 % de vos combats par KO (35 combats, 33 victoires). Etait-ce une obsession au moment de monter sur le ring ?
Ce n’était pas forcément une obsession. Mais moi j’allais vite, je
prenais des risques, je faisais de beaux combats. Avec ma manière de
boxer, soit je gagnais par KO, soit je perdais… C’était rarement aux
points. C’est pour ça que j’ai plu au public.
« Champion du monde, c’est grand »
Votre première carrière s’est achevée face à Jeff Harding. Auriez-vous continué en cas de victoire ?
Oui bien sûr. C’était un championnat du monde… Ma plus grande
déception, ce n’est pas ce combat. C’est contre Cordoba quand j’ai
perdu mon titre. J’avais vraiment souffert, j’avais perdu mais ce qui
est ressorti, c’était le fait que j’avais été courageux. Les gens ne
m’en ont pas voulu car j’avais perdu avec les honneurs.
Et quelle est votre plus grande victoire ?
C’est mon titre mondial WBA (contre le Coréen In Chul Baek en poids
super moyens) ! C’est quelque chose de grand. Par contre je n’ai pas
été surpris et je n’ai pas eu de mal à réaliser. Vous savez, on ne
devient pas champion du monde du jour au lendemain. Ce n’est pas comme
quand on gagne au loto ! C’est une juste récompense de notre travail.
Pourquoi, en 2009, avoir annoncé votre retour sur les rings à 46 ans et 13 années d’arrêt ?
Je vais vous expliquer pourquoi. Pour donner l’exemple à mes jeunes
boxeurs, j’avais perdu 18 kilos. Avec 18 kilos en moins, je me sentais
bien. Je faisais du sparring-partner avec le champion d’Europe actuel
et ça se passait très bien. Je voulais donc faire deux ou trois combats
pour montrer l’exemple. La Fédération Française de boxe n’a jamais été
claire avec moi et ne m’a pas permis de faire ce retour.
La boxe est en déclin actuellement. Ceci est-il inquiétant ?
Non, ça ne m’inquiète pas car la boxe se relèvera toujours. Mais
rien n’est fait pour arranger les choses. J’ai appris dernièrement que
les frais de déplacement des boxeurs qui font le championnat de France
amateurs ne sont plus remboursés par la Fédération… Certains, même
s’ils sont doués, ne pourront plus faire les championnats de France.
C’est incroyable !
« Asloum a fait une grosse connerie »
Les boxeurs ont de plus en plus de mal à trouver des
diffuseurs. Brahim Asloum ne s’est pas entendu avec Canal + et a mis un
terme à sa carrière…
Il a quand même refusé 700000 ou un million d’euros ! Alors c’est
vrai que ce n’est pas facile d’être diffusé, mais là c’est un problème
Asloum. C’est lui qui a fait une grosse connerie. Refuser 700000 euros,
ce n’est pas donner l’exemple aux jeunes.
Restons sur Brahim Asloum. Quel regard portez-vous sur sa franchise « Paris United » engagé en World Series of Boxing ?
Moi, je pense que ça ne peut pas marcher. J’aimerais que ça marche
car la boxe en a besoin. Le problème avec « Paris United », c’est qu’on
ne sait pas s’il s’agit de boxe amateur ou de boxe professionnelle. On
ne sait plus en combien de rounds ça se déroule, s’ils sont torse nu,
avec ou sans casque… Et on ne les connait pas ! Comment voulez-vous
vous identifier à cette équipe ? Asloum aurait dû prendre les meilleurs
professionnels en France, les entraîner et les faire boxer.
Vous avez eu de gros problèmes extra-sportifs après votre
carrière (victime d’escroquerie). C’est aussi une belle victoire de
s’en être relevé…
Je ne vois pas ça comme une victoire, mais comme un changement de
vie. Je me suis fait escroquer. J’en voulais à la société, c’est pour
ça que j’ai fait un peu de conneries. Il m’a fallu une bouée de
secours, qui est arrivée il y a trois ans quand on m’a permis de créer
mes académies de boxe.
Comment est né ce projet d’Académie Tiozzo ?
Quand j’ai vu les événements qui s’étaient déroulés à Villiers-le
Bel (mort de deux jeunes percutés en moto par une voiture de police),
les émeutes qui ont suivi derrière, je me suis dit qu’il fallait faire
quelque chose pour canaliser la violence des jeunes. Je voulais me
mettre à la disposition du Ministère pour monter des écoles de boxe
dans les quartiers. Ils trouvaient l’idée bonne mais ce n’était pas
dans leurs plans. Moi seul, je ne savais pas le faire. Moi, je sais
boxer, je sais entraîner… J’ai rencontré Thomas Piquemal (Directeur
exécutif groupe d’EDF en charge des Finances) et grâce à lui, on a pu
monter ces salles de boxe.
« Canaliser la violence des jeunes »
Quelle est le rôle et l’objectif de ce type de structure ?
Ma motivation première est d’occuper les jeunes, de les entraîner.
L’idée qu’a soumis Thomas, c’est-à-dire faire de la réinsertion, j’ai
trouvé ça formidable. Et les entreprises, tu les touches avec ce projet
de réinsertion.
Expliquez-nous en quoi la boxe peut réellement aider ces jeunes ?
La boxe est un formidable vecteur de réinsertion. Comme le rugby. Il
faut du courage, on est seul sur le ring, on ne triche pas. Un combat
de boxe, c’est la vérité de la vie.
Et pourquoi avoir choisi Dijon ?
Momo (Dridi) habite désormais à Dijon, il va faire son combat ici le
7 avril (contre le Brésilien Luzimar Gonzaga) et je suis venu
encourager mon ami. Il a parlé de mes académies et à Dijon, ils étaient
intéressés. Je me suis donc déplacé pour en discuter avec des membres
de la municipalité et le président du Conseil Général. Ils vont voir
avec les clubs existants si on peut travailler ensemble. Je ne pense
pas qu’il soit possible de créer un club supplémentaire car il y en a
déjà deux. Je ne viens pas à Dijon pour faire de l’ombre aux autres. Si
je suis le bienvenu, je viens, si je ne le suis pas, j’irai ailleurs…
SOURCE:
http://www.gazetteinfo.fr